Michael est stagiaire au bureau de Montréal, il vient du New Hampshire et il est vraiment straight. Pour le décoincer un peu, on lui a d'abord fait faire une étude comparée portant sur les pets et il a fait une recherche très consistante pour nous. Cette semaine, on lui a demandé de quoi il avait peur dans la vie, et vu que c'est un gars sérieux, il nous a répondu sérieusement. Sur sa liste, il y avait «l'héroïne», ainsi que «conduire quand il pleut, en tant que conducteur ou passager», «être debout sur un balcon situé plus haut que le 2e étage» et «jouer au football contact». Mais la chose la plus intéressante, et de loin, sur sa liste était «mettre mon bras dans un trou». Évidemment, on lui a donc demandé de mettre son bras dans divers trous et de documenter le tout. On a que des bons sentiments pour Michael, mais il n'arrête pas de dire qu'on est sadiques.
CONDUITS
C'est le premier trou que j'ai trouvé. C'était plutôt sombre lorsque je me suis accroupi. Le flash de la caméra me permettait de voir directement à l'intérieur, et ça n'aidait pas. C'était tout rouillé et plein de calcium. Ça m'a rappelé la première scène de Massacre à la tronçonneuse, l'original, quand le flash de la caméra ne montre que des parties de corps en décomposition. Mon ami, celui qui tenait la caméra, faisait exprès de rater la photo, et mon bras est donc resté là pendant deux bonnes minutes. C'est un cave.
TUYAU D'ÉGOUTS
Si j'avais à retracer ma peur des trous, ça viendrait probablement de la mini-série Ça. La première scène montre un petit garçon qui échappe son bateau en papier dans un trou d'égouts. En regardant dans le trou, il aperçoit le clown Pennywise, qui le convainc a) que c'est parfaitement normal pour un clown de se tenir dans un égout; b) de mettre son bras dans le trou. Quand je l'ai fait, je n'arrêtais pas de penser au clown qui répétait «on flotte, en bas». Vu qu'il avait plu un peu auparavant, l'eau coulait sur ma main, ce qui m'a vraiment fait freaker.
TROU DANS LA CUISINE
Ça, c'était le pire. On a un problème de rats à mon appartement, et ils passent par ce trou-là pour entrer. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser qu'ils m'attendaient. Je ne pouvais pas passer mon bras au complet, alors j'ai juste introduit ma main, mais elle est restée prise. Au début, c'était pas pire que n'importe quel trou, mais quand j'ai essayé d'enlever ma main, je me suis mis à paniquer en tirant de toutes mes forces sur mon bras. J'ai pratiquement fait une crise de panique. Après avoir repris mon souffle, j'ai fait pivoter mon poignet un tout petit peu, et ma main est sortie comme si de rien n'était. Il n'y avait personne avec moi, alors je n'ai pas de photos de ma main dans le trou. Désolé.
En conclusion, on peut dire que cet exercice n'a pas vraiment assoupi ma crainte irrationnelle des trous, principalement parce qu'au départ, je sais que c'est irrationnel. Par contre, je peux affirmer que j'ai maintenant un peu plus de compassion pour les gens qui ont des peurs vraiment ridicules, comme celles des ballons ou des olives, et qui vont au show de Maury Povich pour en parler, s'abandonnant à la torture d'un auditoire en studio.
MICHAEL CHADWICK



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