Le mephedrone est
une drogue qu'on peut se procurer sur Internet, à mi-chemin
entre la coke et le MDMA. Utilisée dans les clubs gais depuis
pas mal de temps, elle se répand petit à petit chez les
hétéros. Rien d'illégal là-dedans, et
comme en plus ça ne coûte que 60 livres les six grammes
(soit environ cent dollars), nous avons chargé l'un de nos
pigistes de s'en procurer et de s'en mettre pas mal en arrière du toupette.
L'entretien qui suit à été réalisé
deux jours après sa première ligne et trois heures
après l'arrêt de ses hallucinations et de ses crises de
panique.
Vice: Où est-ce que tu as acheté ça?
Le gars qui en
a pris: Sur un site Internet, Champlegals.co.uk. C'est une espèce de dealer en ligne, un peu comme ceux que tu vois dans les festivals
et qui te vendent des champignons ou du poppers. Soixante livres pour six
grammes dans un gros sachet, et en plus, ça avait l'air cool,
pas du tout dangereux...
Ça t'attaque bien le nez. Et la poudre est assez épaisse, donc ça reste coincé par moment. Tu parles comme Ringo. C'est assez gossant parce qu'en fait je ne pouvais plus m'arrêter de parler.
Ouain, donc, c'est comme de la coke. T'es nerveux et tu parles trop.
C'est pas exactement ça. C'est aussi légèrement hallucinogène. Mes yeux me jouaient des tours. Les choses autour de moi commençaient à onduler, mes paupières à battre mécaniquement, et des vagues de chaleur émanaient des objets autour de moi. Mais bon, rien à voir avec l'intensité du MDMA. La dernière fois que j'en ai pris, j'ai abusé sur la dose et je me suis carrément perdu dans la rue. Ma blonde a dû venir me chercher.
Dans quel endroit as-tu décidé de consommer ça?
Dans un endroit
où on prend habituellement de la drogue: une soirée poche avec un open bar et tout plein de gens vraiment imbuvables.
Cool.
Tu parlais comme Ringo et les murs ondulaient.
Ouain, et en plus j'en donnais à pas mal de monde. Évidemment, je leur disais que c'était incroyable vu que ça ne faisait qu'une heure que je l'avais pris. Quand j'y pense, ça me fait froid dans le dos.
Ouch.
Disons que là, je te raconte les meilleurs moments.
C'est
quoi les mauvais?
J'ai
commencé à vraiment faire n'importe quoi au bout d'une
heure. J'avais ça dans ma poche, je me sentais obligé d'en donner à du monde que je ne connaissais même pas et,
bien sûr, de moi-même m'en mettre un maximum dans le nez.
C'est comme ça que j'ai suivi des gens chez qui je ne serais
jamais allé normalement.
T'en as fait
quoi des six grammes?
J'ai tout sniffé
ou donné, tout ça en parlant comme Ringo. Et puis j'ai
bu tout ce qui me passait sous le nez, même du vin, du rouge et
du blanc dans la même tasse puis de la vodka accompagnée
de limonade chaude dans un vieux verre en plastique. Je me rappelle
aussi avoir bu deux trois gorgées de whisky dans une bouteille
au fond de laquelle nageaient deux ou trois mégots de cigarette.
J'ai
utilisé les six grammes et il ne restait plus rien à
six heures du matin, en plus d'un gramme de vraie coke, qui, en comparaison,
était d'une qualité extraordinaire.
Et
ton nez le lendemain?
Horrible.
Sinon c'était la combinaison classique tristesse-angoisse, la
sensation d'être encore plus sale et nul qu'avec de la coke
normale. À mon avis, c'est pour ça qu'elle coûte aussi
cher: avec elle on est sûr de ne pas trop être dégouté
ou suicidaire le lendemain. Un morceau est même resté
coincé dans mon nez, causant quelques soucis: mon nez est
défait, j'ai mal à la gorge et aux oreilles, et ma
bouche est en train de me tuer à petit feu.
Bon, ça
a pas l'air si méchant que ça, dans le fond...
En plus, tu peux rester totalement bloqué. Je devenais fou. Je me rappelle que je suis resté sur le pas de la porte de ma chambre à attentivement scruter mes volets qui ondulaient. J'étais terrifié par les voitures qui passaient devant ma maison. J'avais peur que des gens en sortent pour venir me voir et m'expliquer à quel point j'avais fait de la marde dans ma vie, ou juste me tuer.
Ouf...
Quand t'es tout
seul dans une grande maison, la redescente est dix fois pire. Ça
peut vraiment dégénérer, comme au moment
où je suis allé faire un tour sur Wikipédia. Il
y avait tout un tas de descriptions vraiment lourdes sur les composantes
du mephredone, mais ce qui m'a vraiment fait feeler croche, c'est le mot
« mort » et des citations comme: «le
jeune âgé de dix-huit ans et ses quelques amis se
procurèrent du mephredone et du cannabis le vendredi 12
décembre. Quelques heures plus tard, ils furent contraints
d'appeler une ambulance pour secourir l'une de leurs amies
soudainement prise de convulsions. Son visage était bleu.»
Mourir
et rester là par terre avec une face de Schtroumpf
asphyxié. Ouain. Et wikipédia, ça a eu quels
effets sur toi?
Panique,
regrets, honte, peur, j'ai fumé cigarette sur cigarette, et en temps
normal je ne fume pas. J'ai même eu un peu peur de la mort, mais
j'étais tellement énervé que ça devenait quasiment supportable.
Qu'est-ce
que cette expérience t'a appris?
Ça faisait longtemps que je n'avais rien pris, j'avais eu quelques problèmes avec la drogue deux, trois ans plus tôt. Je crois que cette soirée à sept grammes fut un bon moyen de me rappeler à quel point l'univers des open bars remplis de caves hypés de merde est incroyablement triste et agressant. En fait, c'est une des raisons pour lesquelles j'ai touché à la drogue au début. Je n'y retournerai jamais. Je peux rentrer dormir, maintenant, s'il te plaît?
Vous etes tellement plus drole que vice france!! Je vais vous lire vous maintenant!
http://lagazettedumauvaisgout.blogspot.com/ = THE NEWSPAPER OF BAD TASTE
Rédigé par: Dora | 19/05/2009 à 23:23